Mathis, des chansons et des hommes

Publié le 27 Mai 2016

Mathis, des chansons et des hommes

Franchement, j'ai été abasourdi. Autant le premier LP de Mathis, « Centre-ville » (2013), m'avait laissé indécis, malgré de très bons titres comme « Ce qu'il reste », autant « Ombres & Visages » m'a totalement transporté. On a quitté les ruelles pour les grandes avenues, et elles filent droit vers de vastes horizons, mais entre des trottoirs et des quartiers bruissant de vie et de figures où l'on a envie de s'attarder. De s'accorder.

Mathis, je le suis depuis quelques années. On a un projet ensemble, mais dont je je désire pas trop parler pour l'instant, à cause de cette histoire de peau de l'ours (depuis que j'ai vu "The Revenant", je sais qu'il vaut mieux l'avoir tué...)

Des textes et des mélodies raffinés, sensibles, pour certains toniques, tempo Clash ou Téléphone, pour d'autres ambiance clair-obscur, parfois étouffants de pénombre tels un roman de Dennis Lehane (« Et dans le noir »), ou au contraire légers et lumineux, qui m'ont emballés comme un film d'Eastwood. Ou un roman de Steinbeck, avec des souris et des hommes.

J'adore les superbes intonations de « Ca ne suffit pas », les notes délicates, cristallines (je rêve, ou plane le fantôme du Velvet Underground?) et le violoncelle envoûtant sur « La fenêtre d'en face », l'énergie et le refrain de « Les choses ont changé » que je me suis surpris à chantonner sous la douche – ces choses qui changent ont, j'en suis convaincu, le potentiel d'un tube, d'ailleurs Dylan l'a, une fois de plus, prophétisé. Textes poignants pour « La fenêtre d'en face », « Un peu de chaleur », « A visage humain ». Guitare tournée vers les grands espaces sur « Plus jamais » - normal, les atmosphères sur ce titre sont l’œuvre de Yann Péchin (Bashung, Miossec, Thiéfaine…).

« Partir » est le premier titre. Invitation au voyage sur les pas de porte, carnets de route et de rue, au milieu des gens ordinaires, de ceux qui forment le cœur de l'humanité, petits princes oubliés, pilotes de guerre lasse, vols de nuit profondes, terres promises des hommes. Dans les pas de Mathis et de ses personnages simples donc humains, on arpente les rues, les pensées, les émotions qui les font - qui nous font – douter, chuter, rebondir, partager et avancer, encore et toujours, parce que c'est ainsi que se succèdent les jours, les années, et que tourne la vie. On songe à Springsteen, Dylan, Neil Young, aux meilleurs songwriters, sauf qu'on est en France (c'est du moins ce qui me vient à l'esprit). Et ça fait du bien.

Il faut dire que l'album a été réalisé avec la crème de la variété hexagonale (ou du rock d'ailleurs, la frontière étant à ce point floue et artificielle entre ces deux univers en France qu'il semble sage de s'en foutre) : outre Yann Péchin, Christophe Deschamps (Goldman), Philippe Almosnino (Biolay, Paradis, Hallyday, Wampas...), Jean-Max Méry (M, Phoenix, Hallyday…), d'autres musiciens (batterie, guitares, basse, clavier…) et l'ingénieur du son Marc Guéroult (Daho, Indochine, Zazie, Saez…) contribuent à créer un écrin étincelant et rustique à la fois autour des compositions. Le tout est splendide.

Dois-je vous l'avouer ? J'aimerais écrire un roman aussi bien ciselé (et avec un titre aussi beau) qu'« Ombres et Visages » un de ces quatre. En écoutant la musique de Mathis, entre un Springsteen, un Brel et un Dylan, je ne désespère pas d'y parvenir un jour. Long is the road.

Si vous aimez aussi cet album, alors le mieux est d'écouter Mathis en live. Ca tombe bien, il est en concert ce soir (27 mai, 21h00) au Bus Palladium, à Paris. Si vous habitez la capitale ou dans le coin, foncez !

Quant à l'album, il est dispo sur Deezer, iTunes, ou le site du chanteur par correspondance.

Concernant la peau de l'ours, Mathis me dit qu'il faut la tanner encore un peu...

Rédigé par blog llb

Publié dans #Musique

Repost 0
Commenter cet article